Source : www.lesechos.fr du 28 Aout 2008
Au dĂ©but, c'Ă©tait un plateau. C'est devenu un tassement. Aujourd'hui, c'est la dĂ©gringolade qui semble menacer l'immobilier français. Tous les indicateurs sont dĂ©sormais au rouge. Le nombre de maisons individuelles mises en chantier a chutĂ© de 20 % en un an. Celui des logements neufs vendus au printemps a Ă©tĂ© infĂ©rieur de 42 % au record du premier trimestre 2007 et les stocks n'ont jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©s. AprĂšs un doublement des prix en cinq ans, la baisse des prix s'amorce dans l'ancien, mĂȘme Ă Paris.
Le retournement ne devrait étonner que ceux qui ne veulent pas voir. La tendance a commencé à s'inverser... en 2005, quand les promoteurs avaient détecté les premiers signes d'essoufflement de la demande, bien avant la crise américaine du « subprime ». Ils ont commencé à calmer leurs projets début 2007. Les entrepreneurs ont vu à leur tour leurs carnets de commandes perdre de leur épaisseur à la fin de l'année. Et leur activité décroche depuis le mois de mai. Certaines régions sont sinistrées, comme la Bourgogne ou la Haute-Normandie.
Ce scĂ©nario ressemble Ă celui qui s'est dĂ©roulĂ© rĂ©cemment aux Etats-Unis, en Espagne, au Royaume-Uni ou en Irlande. C'est normal, car il s'agit lĂ du dĂ©roulement habituel d'un cycle immobilier. Mais la France a au moins trois raisons d'Ă©chapper Ă la violence du retournement constatĂ© dans ces pays. D'abord, la grande majoritĂ© des acquĂ©reurs ont empruntĂ© Ă taux d'intĂ©rĂȘt fixe. La remontĂ©e des taux sur les marchĂ©s financiers ne fait donc pas monter leurs mensualitĂ©s. Les risques de faillites personnelles et de ventes de maisons Ă prix cassĂ©s sont donc limitĂ©s. Ensuite, les acheteurs les moins aisĂ©s, et donc les plus fragiles financiĂšrement, n'ont pas recours aux mĂȘmes instruments. Aux Etats-Unis, c'Ă©tait le « subprime », offert par un secteur privĂ© en folie. En France, c'est le prĂȘt Ă taux zĂ©ro, une bonification de taux d'intĂ©rĂȘt financĂ©e par l'Etat. Beaucoup moins excitant certes, mais beaucoup plus solide. Enfin, les banquiers français ont pour tradition d'examiner de prĂšs la situation financiĂšre de leurs clients emprunteurs. JugĂ©e obsolĂšte par leurs confrĂšres anglo-saxons, cette pratique leur a permis d'Ă©viter bien des excĂšs.
Cela dit, la crise immobiliĂšre va tout de mĂȘme peser sur l'Ă©conomie française. Ces derniĂšres annĂ©es, le boom de la construction, bienvenu dans un pays oĂč il manque encore prĂšs d'un million de logements, avait apportĂ© un bon demi-point de croissance par an (estimation Natixis). Les Français avaient empruntĂ© massivement pour financer leurs achats immobiliers. C'est fini. L'argent coĂ»te plus cher. Et mĂȘme si les banquiers nient avoir la moindre responsabilitĂ© dans le retournement actuel, ils prĂȘtent Ă moins long terme et exigent des apports initiaux plus importants - ce qui relĂšve d'ailleurs de la simple prudence dans un marchĂ© devenu friable. En chutant, l'activitĂ© dans le bĂątiment va devenir un boulet au lieu d'ĂȘtre un moteur, et ce, pendant au moins une paire d'annĂ©es. Par rapport au passĂ© rĂ©cent, l'impact final pourrait ĂȘtre une croissance amputĂ©e de prĂšs de 1 % par an. C'est une mauvaise nouvelle pour les ouvriers du bĂątiment, pour le gouvernement, pour le pays. Mais celle-lĂ Ă©tait prĂ©visible.
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